daniel – Dépasser des lignes (et pas qu’un peu)
Intro : À la maternelle, il y avait toujours cette consigne, répétée par la maîtresse : « on ne dépasse pas ». Le feutre devait rester bien sagement dans les contours de Babar ou du camion de pompiers, sous peine de voir son chef-d’œuvre finir au fond du casier plutôt que sur le frigo familial. Certains s’y tenaient avec une application de moine copiste. D’autres (dont votre serviteur, on va pas se mentir) faisaient déborder le bleu du ciel sur la tête du bonhomme et repassaient le soleil en violet. Pas par rébellion, hein. Juste parce que je ne comprenais pas les consignes…
On ne sait pas trop quel genre d’élève était daniel en petite section, mais on a quand même notre petite idée.
Un blase en minuscules, sans fioriture, un prénom tout ce qu’il y a de plus banal (allez donc le chercher sur Google, bon courage), un compte Insta baptisé daniel_et_vous comme une émission de M6 de 2004 : déjà, le gars ne fait rien comme tout le monde. Après avoir lâché quelques singles au fil de l’année (A part ça, Le gamos il te parle et je marche pas sous les échafaudages, meilleur titre de l’année, on ne débat pas), le zin a sorti le 18 septembre dernier son premier projet, Dépasser des lignes. Huit titres, vingt-et-une minutes. Format court, pas de gras : on rentre, on fait le taf, on ressort. Respect.

Commençons par l’écrin. La pochette mérite qu’on s’y arrête deux secondes : un petit sorcier griffonné, perché sur une enclume au milieu d’un brasier orange et rouille. Tout un programme. Car Dépasser des lignes sent effectivement la forge. Aux manettes, deux artisans : Sheldon (aka Sheldragon, qui s’occupe aussi du mix et du master) et Lomi, à qui daniel rend la pareille sans détour en affirmant que c’est « totalement leur projet aussi ». Pas si courant de voir un rappeur partager l’affiche aussi franchement, et ça en dit long sur l’état d’esprit de la bande. Ajoutez à ça Jo Maur derrière la caméra pour les clips et Mapache Tout Terrain sur l’univers visuel, et on tient une petite équipe qui sait exactement où elle va.
Côté tracklist, ça s’ouvre sur Guêpier intro, le morceau que daniel avoue lui-même kiffer rapper plus que tout (au point de s’en refaire une version filmée par 40 degrés, chapeau l’artiste). On enchaîne avec Autant l’faire, déclaration d’intention s’il en est, puis Premier caf’, qu’on imagine sans mal tourner en boucle au réveil. Au milieu du projet, Le sirop avec rob, le plus streamé du lot (et il y a des raisons à ça), puis A part ça, premier single et premier clip. Viennent ensuite Les pages jaunes (rien que le titre, on a pris dix ans), Space en compagnie de Tisma, avant que l’outro éponyme ne vienne refermer la boucle.
Les titres disent déjà beaucoup du bonhomme. Une écriture du quotidien, des petits riens qui font une vie (le premier café, les pages jaunes, les échafaudages sous lesquels on ne passe pas), et un humour pince-sans-rire qui transpire jusque dans le nom de son label maison, daniel records (on vous avait prévenus, il ne s’embête pas avec les noms). Le tout en indé total, et avec déjà plus de 20 000 auditeurs mensuels au compteur. Pas mal pour un premier jet. On l’a même croisé en freestyle devant le Moulin Rouge pour les Saphir Sessions, sur une prod de DJ Mehdi s’il vous plaît. Excusez du peu.
Outro : Pour en revenir à nos coloriages, il paraît que la maîtresse avait gardé les miens. Pas pour les afficher, plutôt comme pièces à conviction. Mais avec le recul, c’étaient quand même les plus styleyyy de la classe. daniel, lui, a visiblement compris très tôt qu’on se souvient rarement de ceux qui restent dans les cases. Alors continue de dépasser, mon sang. Nous, on accroche le dessin sur le frigo.
Vous pouvez suivre daniel sur Instagram ici. Pour regarder ses clips, c’est par là. Et pour streamer Dépasser des lignes, direction dans ce coin-ci.





