Rencontre avec :
Moucham

J’ai découvert Moucham avec son premier EP, Sunny Kush. Immédiatement, j’ai souhaité le rencontrer pour en apprendre plus sur son parcours et ses ambitions. Le rendez-vous est donné chez lui, à la Gui’, en début d’après-midi. Il vit avec sa copine et une autre fille. Accompagné de son ami Tahine (collectif l’Arche De Noé), et d’un chat, le rappeur originaire de Toulon m’accueille dans son salon. L’ambiance est conviviale et très vite j’oublie que je suis là pour une interview, tant la rencontre prend des allures de discussion entre potes.

A l’image de son nom, Moucham a un parcours original : Après avoir baigné dans le rock, le métal et la pop vers ses treize ans, il arrête le lycée en Seconde pour intégrer une école de musique qu’il finance lui-même, grâce à des boulots saisonniers. Là-bas, il pratique principalement le djembé et le chant. A fond dans la drum and bass et le reggae, il s’investit davantage dans les jam sessions entre potes que dans les cours. Bien qu’il n’obtienne pas son diplôme, il acquiert beaucoup d’expérience en se mélangeant avec des musiciens venus d’horizons différents.

« Oh les gars, vous m’faites penser à la FF au tout début, ce truc de crevard… » (Dj Djel)

« En vrai, ça m’fait un peu mal aujourd’hui, mais c’est Kacem Wapalek qui m’a mis dans le rap ». A dix-neuf ans, période où il anime des soirées dubstep, Moucham découvre l’artiste et est impressionné par sa technique. Galvanisé par la scène, il ne possède pas de couplets. Alors il lui arrive d’emprunter ceux de l’ancien rappeur de l’Animalerie : « J’ai fait une soirée jungle drum à Camden (Londres) et j’voyais dix Mc’s attendre le mic. J’les ai tous poussés, j’suis allé voir le DJ et j’lui dis, en anglais : « j’suis français, [zahma] j’nique tout en France ». Il attrape le mic, il m’le donne et j’leur fais un texte de Kacem sur d’la drum. C’était marrant parce que les gens étaient ambiancés mais comprenaient rien ». Ensuite, si Moucham s’investit pleinement dans le rap, c’est grâce à Cabroncito, son ami et source d’inspiration : « j’ai pris Cabron en exemple ». Ensemble, ils écument toutes les salles marseillaises (mis à part le Dôme) avec leur groupe, les Crevards de la Plaine. Ils ont même eu l’honneur de se former pendant deux semaines à la scène sous l’œil avisé de Dj Djel (Fonky Family) qui leur a dit « Oh les gars, vous m’faites penser à la FF au tout début, ce truc de crevard… ».

Aujourd’hui, après avoir passé dix ans dans la restauration, Moucham préfère vivre pour sa passion et toucher le RSA plutôt que de se casser le dos pour un salaire de misère. Installé sur Lyon depuis un an, le rappeur de 26 piges est venu car « il y a une place à prendre » et, surtout, pour s’enrichir au gré des rencontres, développer son rap et cramer chaque scène. Bien qu’il ne fasse plus partie des Crevards de la Plaine, du moins musicalement, il ne marche pas en solo. En moins d’un an, il s’est déjà connecté à l’underground lyonnais avec la Mégafaune, Robse, Lcysta, Tif, Indissociables etc. Il fait également partie du collectif l’Arche De Noé, ainsi que du récent label Haute Couture. Lancé à l’initiative du beatmaker parisien Gee Sauce – désormais installé sur Lyon avec son studio – la structure réunit trois MC, la rappeuse Starline qui « à 16 ans déjà cassait des bouches », et deux producteurs. Au départ, Moucham a sollicité Gee pour qu’il produise sa Poignée de Punchline. Il en a même réalisé le clip. Depuis, ils ne se sont plus quittés, tant l’alchimie fonctionne à merveille entre eux : « peu importe ce qu’on fait, si on valide ou pas, ça va nous prendre 1h30 pour faire un son. En une aprem on peut faire trois sons. »

Le but du label ? « Faire un maximum de scène, prendre de la visibilité » me répond Moucham. Il aime le live et bosse pour être le plus performant possible. Deux jours après avoir foulé les planches du Ninkasi aux côtés d’Indissociables, en première partie de Sopico, il brûle d’impatience de remonter sur scène pour la finale régionale Buzzbooster. Il espère la remporter pour retrouver son ami DIRLO (vainqueur région PACA) en finale. « Je lui ai dit : « viens on les boycotte si on monte tous les deux en finale nationale, on travaille un set à deux, et on fait la moitié du set à deux sur le tien, et l’autre moitié sur le mien… » Il m’a dit non [rires]». Moucham prône davantage le partage que la compétition et, bien que ce mot n’ait pas été évoqué lors de notre rencontre, il incarne l’esprit hip-hop.

Sur près de deux heures, il a moins parlé de lui que du talent de ses amis : De Cabroncito à Starline, en passant par Vax1, Madame Bert, Izen et, bien entendu, Gee Sauce a.k.a son producteur préféré. Très peu au fait sur le rap américain, Moucham l’est beaucoup plus quand il s’agit du rap francophone et, surtout, de ses potes. Car finalement, mis à part Laylow, ce sont eux qui constituent sa principale influence. D’ailleurs, à force de détermination et d’activisme au sein du Hip-hop, il a pu susciter chez certaines personnes, l’envie de l’aider. C’est ainsi qu’il a pu clipper Pas ton temps : « Bechir, un pote du sud, un ancien qui a tout le matos pour filmer, […] drone et tout, m’a dit : « t’es chaud on fait un clip ? »Il a ramené tout c’qu’il fallait. Il nous a fait ça gratuitement. Il a vu mon évolution de rappeur […], il aimait bien les gens qui faisaient vivre le hip-hop, surtout à Toulon, c’est mort. Je lui ai demandé : « Merci beaucoup, c’est cool ta démarche elle tue, mais pourquoi tu nous fait un clip gratuit ? » Il m’a dit « Vous êtes bons, vous êtes d’ici, il faut pousser les gens. »»

Grâce à plusieurs années de pratique intensive, le processus créatif de Moucham est maintenant rôdé : il emmagasine un maximum d’inspiration en écoutant des sons de tout horizon, puis laisser parler son instinct au studio. Validé par ses darons qui approuvent sa démarche artistique et l’aident désormais à investir dans sa musique, Moucham veut aller plus loin avec son prochain projet. Pour ça, il compte déléguer une partie du taff que faisait Gee Sauce (notamment les clips, le mixage et le mastering) à des professionnels triés sur le volet. Durant notre long échange, Moucham m’a offert le privilège d’écouter des instrus, freestyles et inédits du label, dont la maquette de son nouvel EP. Entre prises de risques et constance par rapport à Sunny Kush, le projet m’a clairement impressionné. A tel point que je suis frustré de devoir attendre la sortie pour le réécouter…

Le pantalon tapissé de poils de chat, je repars avec une seul hâte : voir le Crevard de la Gui’ performer sur scène. Intense.


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