Metek – Riski

L’album de Metek, Riski, est maintenant sorti chez Bad Cop Bad Cop. Lorsqu’on avait parlé de la tape 75021, il y a un peu plus d’un mois, j’avais dit que Metek était le genre de rappeur auxquels mes mots ne rendaient pas vraiment hommage. Et Pure Baking Soda, probablement la meilleure plume française écrivant sur le rap, en a sûrement identifié une des raisons lorsqu’il écrit qu ‘il est dur d’oser donner un avis sur ce disque, il est tellement personnel!’

Où va-t-on avec tout ça? On essaye quand même car c’est comme cela qu’on progresse. En tentant des trucs le nez en avant direction la porte. Parfois, c’est utile. Et puis parce que ce sont aussi ce genre de projets indépendants qui nous filent la gaule. 
Crédit photo: Pierre Cauret

Parlons d’abord de Metek, le rappeur. Comme à son habitude, il rappe les tripes et le cœur à l’air. Cela, on le ressent bien entendu dans ses textes (que l’on pourra relire à l’envie grâce à un livret de 20 pages à l’ancienne) mais aussi et peut-être surtout dans l’interprétation qu’il en fait. Pourquoi Metek me fait-il autant vibrer, alors même que je ne suis pas forcément destiné à être le premier adorateur de tout son univers musical? Parce que son interprétation est à 100.000 lieux du mode ‘récitation’ que nous offre la plupart des rappeurs français. Metek vit ses textes, les crie, les susurre, accélère, ralentit, chantonne et s’amuse en permanence du fil du rasoir. Il l’apprivoise, comme pour s’offrir ses thrills qui le font se sentir vivant.

L’écriture de Metek est une écriture à l’ancienne dans le sens où le “gwadanigga/dément nigga” s’affranchit du rap fait de punchlines avec du vide autour, là encore mal actuel récurrent de beaucoup de ses congénères. Peu de phases vous interpelleront immédiatement de sorte que vous ratiez celle d’après. Ici, on tend l’oreille en permanence pour suivre le fil de pensée, les pieds bien alignés sur le bord de la lame, comme dans les niveaux de jeux vidéos où l’écran avance et vous rattrape. On a l’impression parfois que Metek déroule un fil sans forcément savoir où le pas suivant va le mener, mais avec une direction finale bien en tête.

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Côté musique là encore, le disque fait preuve de cohérence bien qu’il fasse appel à une palette de producteurs plutôt large. Une univers parfois ‘pimpant et clinquant’ (avec pour point d’orgue la prod samplant le générique de Tonnerre Mécanique sur le morceau du même nom), parfois plus brut et dans l’air du temps (Gwadanigga, Polizei, Dragon Ball Z) mais toujours avec une grande musicalité et beaucoup de mélodies. Alors bien sûr, il y a parfois un ou deux refrains qui surprennent au premier abord mais que l’on appréhende au fur et à mesure des écoutes. Metek est typiquement ce que l’on appellera, pour se la raconter un peu, un grower, ce genre d’albums qui prend de l’ampleur au fil des écoutes. Si bien que je l’ai écouté chaque jour depuis que je l’ai reçu.

Pour tout ceux qui s’intéressent encore au rap français aujourd’hui, sans œillères ou nostalgie, ce disque devrait vous interpeller. Car il fait preuve de beaucoup de qualités que l’on retrouve peu dans ce qui se fait actuellement en France: personnalité, absence de misérabilisme ou de postures dominantes grand-guignolesques, musicalité, interprétation forte, ouverture d’esprit… Quasiment du rap américain en français. Une sorte d’ovni tant attendu.


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