PLK – Ténébreux

Issu du 14ème arrondissement de Paris, où il vécut jusqu’à ses 14 ans, PLK (pour PoLaK) a très vite voulu devenir rappeur. Impressionné par les freestyles de la Sexion d’assaut qui, à la fin des années 2000, régnait en maître sur l’underground parisien, il s’est mis à gratter ses premiers textes vers douze ans. Véritable produit de la nouvelle génération, PLK crée des prods et s’enregistre sur Cubase en parfait autodidacte.

 

Aujourd’hui, il est épaulé par l’ingé son qui a bossé avec Damso sur Batterie Faible, Krisy aka DeLaFuentes. C’est chez lui, à Bruxelles, qu’il a réalisé son dernier projet. Signé sur le label de Fonky Flav’, Panenka Music, PLK est également resté proche des rappeurs qu’il croisait à la MJC du 14ème : Nekfeu et Alpha Wann. Ces derniers lui donnent des conseils et lui ont permis, avec son Panama Bende, de faire la première partie du S-Crew à seulement 17 ans et sans aucun projet dans les bacs ! Désormais bien connus – et reconnus – dans l’hexagone, les 7 membres du Panama Bende viendront parfumer le Ninkasi Kao de fumée toute verte le 16 décembre à Lyon. C’est l’occasion de revenir sur le dernier projet en date de PLK : Ténébreux.

 

 

« Si j’rentre dans ton club, c’est pour dix mille dollars / Bouteille sur la table, fuck tes verres au bar » (Amigo).

 

Elle est loin l’époque où le PoLaK du Panama Bende rêvait de devenir rappeur en freestylant un couplet de Lefa dans la cour de récrée. Désormais, il roule « un niaks ou deux pour pouvoir régler [son] timbre de voix » avant de dévoiler des techniques qui feraient pâlir la plupart des rappeurs. Bien qu’il possède un « flow tout terrain », les instrumentales aérées et minimalistes, comme celle de Yeux, le mettent particulièrement en valeur. Même « fucked up », PLK reste un kickeur hors pair qu’il vaut mieux éviter de croiser en freestyle.

 

 

« Demain personne doit s’lever tôt, parce que chez nous l’pilon il donne la flemme » (Casino).

 

Il n’en fallait pas plus pour que PLK et ses amis se motivent, en pleine semaine, à faire 400 km aller-retour pour aller au Casino. Loin de se limiter à l’egotrip et doté d’un regard à la fois léger et clairvoyant, le rappeur parisien démontre ici toute la qualité de sa plume . Sur un beat boom-bap coiffé d’une ligne de basse et de samples de guitare électrique, PLK offre un story-telling touchant par sa simplicité et dans lequel beaucoup peuvent se reconnaître.

 

 

Si à travers sa conception de la musique PLK s’avère être un digne héritier du rap, il n’hésite pas à s’affranchir des structures et sonorités classiques. Ce que le titre éponyme illustre parfaitement : fortement marqué par des sonorités house, le MC et son ingé son – épaulés par Fonky Flav’ – ont réussi un pari audacieux en arrivant à nous faire bouger la tête sans relâche jusqu’à la dernière note. Et ce avec un seul et même couplet de huit mesures répété deux fois et un refrain qui paraît omniprésent, la structure du morceau en elle-même est entêtante. L’atmosphère de Ténébreux symbolise l’ambivalence du rappeur parisien, tiraillé entre ses désirs et ses doutes, que l’on retrouve sur le reste du projet.

 

 

Le nom de la mixtape reflète le mal-être qui hante PLK au fil des sons et qu’il n’arrive à chasser qu’à l’aide de substances enivrantes. Sur l’ultime titre, Du Mal, Le rappeur exprime ses doutes à travers des lyrics teintés de spleen : « Moi, j’vois bleu comme ambulancier le doute m’a ambiancé / La nuit, je cogite, impossible de pioncer / J’pense faire les choses mais j’les fais pas / Moi vs moi, c’est SanGoku face à Vegeta ». Servi par une production lente – qu’il a failli abandonner plusieurs fois, tant elle lui a donné du fil à retordre – qui dresse un tableau noir, PLK expose ses paradoxes en réalisant un constat amer et presque sans espoir, concluant ainsi son projet de façon ténébreuse.

 

 

À seulement 20 ans, PLK semble déjà maîtriser son art, au moins sur le plan technique, en livrant un projet personnel (aucun feat, hormis Krisy qui offre sa voix suave sur le refrain de Pas ce soir). Son timbre de voix le démarque, ses flows sont variés et l’aident à « réparer » n’importe quelle instru, comme il aime dire dans ses interviews. Si la plupart de ses textes tournent autour de thèmes assez classiques (cannabis, femmes, monnaie, ride), il arrive néanmoins à les aborder à sa manière. Surtout, il a su prouver qu’il sait tenir un thème du début à la fin d’un morceau sans être redondant ni ennuyant.

 

Enfin, au service de son rap, Krisy aka DeLaFuentes a su déployer tout son talent pour créer une harmonie sur le projet avec les différentes instrumentales choisies (souvent des type beat achetés sur internet). Chaque élément des productions est audible et perceptible dans l’espace grâce à une excellente maîtrise de l’ingé son. Annoncé comme une mixtape, le projet a des allures d’album, notamment grâce à la variété des morceaux qu’elle propose, tout en conservant un véritable fil rouge. Que ce soit au niveau des influences, des structures, des textes ou encore des flows, l’association PLK/DeLaFuentes nous montre l’éventail de leurs techniques. De quoi faire saliver en attendant la suite, et surtout le concert du Panama Bende où le public entonnera à coup sûr le refrain de Ténébreux.


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