2018 en 8 Artistes Rap Francophones (2/2)

Voici la deuxième vague d’artistes venant clore cette présentation. Bien entendu, le but n’est pas de faire un classement, mais simplement de mettre en avant des talents qui, à mes yeux, brillent par leur différence. Parce que le rap en 2018 et au-delà, c’est eux. Prenez le temps de lire, et surtout, d’écouter.

Faktiss

Après avoir cumulé des millions de vues et sillonné la France pour jouer dans des salles pleines avec son groupe Set&Match, le Montpelliérain est presque reparti de zéro depuis qu’il est en solo. Du moins en termes d’audience. Puisque musicalement, il a su revenir avec un produit pointu et différent de celui que proposait son groupe. Après avoir travaillé avec Gracy Hopkins sur un titre faisant hommage à leurs origines brésiliennes, il s’est entouré de producteurs talentueux pour réaliser son premier street-album, P.O.V. Dans un autre registre que 6rano, Faktiss fait partie des rares rappeurs à avoir beaucoup d’aisance vocalement, lui permettant de délivrer des interprétations captivantes et toujours différentes. Excellent techniquement, grâce à une grande maîtrise de l’art du placement, le Montpelliérain dispose d’une large palette musicale. A travers la variété des producteurs avec lesquels il collabore, il explore aussi bien des sonorités sombres et torturées, que d’autres plus légères et envoûtantes ou issues de la musique latine. En plus de posséder une force d’interprétation hors du commun, que cela soit en français ou en portugais, Faktiss a une belle plume. A la fois tranchante quand il part en égotrip et poétique quand il parle d’amour. Chacun de ses textes est évocateur. Loin de proposer un univers factice, la musique du Montpelliérain nous oblige à placer beaucoup d’espoir en lui et à le suivre, même si aucun projet n’est annoncé pour le moment.

Izen 

Présent sur soundcloud depuis 2017, il n’a fallu que quelques mois à Izen, membre de Fayaboyz, pour faire résonner son nom dans tout Lyonzon. Beatmaker, ingénieur son et DJ, par son activisme il participe au développement du rap lyonnais. Et du rap tout court. En travaillant avec des artistes aussi différents que Mazoo, Lcysta, Ichon, Majdon Co ou Marty de Lutèce, Izen prouve qu’il est capable de proposer des instrumentales sur mesure. Comme celui qui a inspiré son nom (Heisenberg), il n’a de cesse de vouloir agrandir son empire musical. En peu de temps, l’insatiable cuisinier a sorti au moins cinq projets avec des rappeurs et inondé l’underground français de prods toujours plus soignées. Il manie aussi bien les ambiances électriques et brutes, que les mélodies douces pleines de groove. Le dernier rappeur à avoir bénéficié du savoir-faire lyonnais est Retro X, pour sa mixtape Dig3 Heroes. Dessus Izen est le beatmaker qui revient le plus, avec quatre instrus à son actif, dont le banger Subaru rouge.

Avec Izen, la relève de la gastronomie lyonnaise est assurée. Tel Bocuse, il est tout le temps dans la cuisine à préparer de nouvelles recettes remplies d’ingrédients secrets. Autant dire qu’on conseille vivement à tous les fins gourmets de garder un oeil sur lui, afin de ne rien louper des nouvelles saveurs du rap lyonnais. Et du rap tout court.

404Billy

“L’amour rend pas à aveugle, la mère de mes gosses m’a rendu la vue” (404)

Être de Villiers-le-Bel et vouloir faire du rap, c’est un peu comme être Brésilien et vouloir faire du foot. Il faut être à la hauteur de l’héritage laissé par ses maîtres, qu’il s’agisse d’Arsenik ou de Garrincha. J’ignore si 404Billy s’est posé cette question, mais ce qui est sûr, c’est qu’il y a répondu de la plus belle des manières : en fracturant mes tympans à base de rimes tranchantes. Après avoir balancé des clips exclusivement en noir et blanc tout au long de l’année 2017, celui qui est « tellement sombre [qu’il ] peut cacher la terre du soleil » (Error #4) vient de sortir son premier projet, Hostile. C’est avec celui-ci que j’ai découvert son flow sincère et brut, ses rimes acerbes et ses textes qui prennent à contrepied. Le Kid est mort, vive Billy est né. Coincé dans les limbes, il dépeint un monde paradoxal. De la densité dans le propos, des rimes riches et efficaces, des images qui restent dans la tête… autant de qualités rares – quand on sait que “leurs lyrics sont trop lège, niveau collège(Hopopop) – qui élèvent la musique de 404Billy et font d’Hostile, un des projets rap français les plus percutants de cette moitié d’année.

Chanceko

« J’me suis fait tout seul, j’ai besoin d’personne  » (Personne)

Dans le rap, et en règle générale, cette phrase est on ne peut plus banale… Pourtant, lorsque Chanceko la prononce, elle trouve un écho tout particulier. En effet, depuis sa ville de Meaux, Chanceko symbolise la nouvelle vague d’artistes déferlant sur le rap : il kick, compose ses instrus, mixe et masterise lui-même ses morceaux. Souvent il reçoit l’aide de Some-1ne, qui a déjà produit pour Oboy, Veerus ou Gracy Hopkins, afin de coproduire et soigner le rendu sonore de ses créations. Véritable autodidacte, Chanceko a réussi à développer un univers musical, à la croisée entre la trap et le cloud, qui lui est propre à travers les trois projets qu’il a sorti depuis 2016. Sa voix aigüe, teintée d’autotune, y est pour beaucoup. Facilement reconnaissable, elle guide souvent ses morceaux avec des mélodies qui restent gravées dans la tête. S’il n’est pas un kickeur comme Take a Mic, qu’il a invité sur son dernier EP, Chanceko demeure technique. Il varie son flow et sa vision de beatmaker lui permet de se placer efficacement sur la prod’. Bien décidé à poursuivre sa lancée, Chanceko a annoncé l’arrivée imminente d’un nouveau projet. Wassup !?


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