Troisième Vieillerie

Des deux groupes qu’Erik Truffaz a montés au tournant du dernier millénaire, la plupart des gens semblent préférer celui composé de Marc Erbetta (batterie), Patrick Muller (claviers) et Marcello Giuliani (basse). A vrai dire, on ne saurait vraiment critiquer ce point de vue et on le comprend: ces disques s’éloignent sûrement un peu plus des sonorités jazz “traditionnels” (entendre ici la contrebasse, la guitare jazz…) que l’autre groupe du suisse. Ce dernier, composé de Philippe Garcia (batterie), Michel Benita (contrebasse) et Manu Codjia (guitare) est pourtant celui à qui l’on doit cette troisième vieillerie: Mantis.

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Entendons-nous bien, Erik Truffaz n’est pas le plus grand trompettiste de la planète mais il y a bien un talent que l’on peut aisément lui reconnaitre: savoir s’entourer et monter des projets et des groupes cohérents. Et on peut le comprendre dès les premières mesures de ce Mantis avec la rythmique incroyable distillée par Garcia (a.k.a. Captain Planet). Le sens du riff de Benita et un Codjia qui sait se faire tantôt discret tantôt omniprésent, tout en nuances.

Sans doute moins “in your face” dans son ensemble qu’un Dawn (Yuri’s Choice quoi…) Mantis contient son lot de ballades douces, de morceaux cinématographiques et atmosphériques, d’expérimentations aussi. Mais là où son premier quartet avait le rappeur Nya, Truffaz a rameuté ici pour la première fois le chanteur tunisien Mounir Troudi. Et cette première rencontre donne lieu au morceau de bravoure du disque. Ce Magrouni est… est… un OVNI pour l’époque. Chant arabe, rythmique jungle ou drum’n’bass, ligne de basse survénère jouée à la contrebasse, guitare saturée… Un mélange improbable d’une efficacité redoutable (la note de basse balancée dans le silence du break de batterie à 2′13…).

Une tuerie que le groupe nous fait le plaisir de jouer dans une version différente et instrumentale en chanson caché du compact disc. Parmi les autres grands titres du disque, citons également le morceau éponyme, la ballade Nina Valeria ou encore Saisir. Le groupe a ensuite remis ça sur l’album Saloua et le double live Face à Face, où chaque groupe à son disque. Je n’ai pas réellement poursuivi les pérérginations du suisse par la suite mais l’écriture de ce petit billet me donne envie d’aller creuser dans sa discographie plus récente. Et au pire, si ça ne m’enchante guère, je reprendrai une part de Magrouni.


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