Jazz à Vienne – Première Semaine

A la manière d’un grand chelem de tennis, Jazz à Vienne ce sont deux semaines de folie pour un final haletant. Abonnés comme l’année dernière, voici un petit résumé de ce que l’on a vue cette première semaine.

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© Jean-François Lixon

On a commencé à déguster cette cuvée 2014 avec la soirée Funk. Arrivés vers la fin des Commodores pour cause de France-Nigéria, on a pu apprécié Kool & The Gang et son live plaisant et bien calibré à l’américaine. Comme souvent avec les légendes dont je ne connais que peu la discographie, je découvre au fur et à mesure que nombre de hits que je connais par cœur sont en fait l’œuvre du groupe. Bref, on passe un bon moment dans la fosse mais c’est bien le lendemain que les choses sérieuses ont commencé.

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© Jean-François Lixon

Avec Ibrahim Maalouf d’abord. Je dois l’avouer, je suis plus fan des deux premiers disques du libanais (‘Diasporas’ et ’Diachronism’) que de ce qui a suivi (même si ’Diagnostic’ reste très bon). Le dernier projet en date, ‘Illusions’ ne m’a pas laissé un grand souvenir, voir plutôt un souvenir de grandiloquence un peu pataude. Mais peu importe, c’est un concert que nous allons voir. Le début du concert conforte hélas un peu mes craintes puisqu’il nous joue le début d’Illusions. Mais au fur et à mesure, on commence à prendre goût au concert de Maalouf. Déjà parce qu’il nous a joue quelques anciennes pièces et aussi parce qu’il est un sacré manieur de foules. D’abord en faisant siffler une mélodie à l’amphithéâtre et en lui répondant avec brio (sacré siffleur le Ibrahim) puis en nous faisant chanter la mélodie du superbe ‘Beirut’ avant son déluge final. Pour moi, c’est lorsqu’il laisse plus de place aux sonorités orientales et surtout à l’improvisation que Maalouf est le meilleur. Choses qu’il aura su faire brillamment au fil du concert.

Après Maalouf, nous avions droit à rien de moins qu’une légende, Robert Plant et ses Space Shifters. On le savait avant de venir mais on ne se trouve pas ici chez les vieilles gloires nous servant la même soupe sur des arrangements moins bons et avec la moitié (dans le meilleur des cas) du groupe original. Non, Robert Plant continue de créer une musique originale, mélange de rock et de blues empruntant aussi bien à l’électronique qu’aux musiques orientales et africaines. Un grand mix au service d’une voie magnifique qui nous donnera des frissons dès les première notes. Les souvenirs rejaillissent instantanément. Le mythe, la légende. Une légende qui sait évoluer et s’entourer de musiciens brillants (des angliches avec notamment le clavier de Massive Attack et un guitariste psyché des plus chamaniques). En plus de nous servir un répertoire superbe, détournant des chansons traditionnelles anglo-saxonnes avec des rythmiques synthétiques ou des chants et instruments africains, Plant garde un sourire et un regard espiègle tout le long de la soirée. Un grand moment.

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© Jean-François Lixon

On a ensuite décidé d’enchaîner avec une troisième soirée consécutive qui voit un duo inédit et bientôt à l’auditorium entre le pianiste Stefano Bollani et l’ONL. Si voir l’orchestre dans un tel cadre fut bien plaisant et si Bollani nous a gratifié de belles envolées, je dois avouer que cette partie ne m’a pas passionné, la faute à la fatigue également. Mais après tout, nous étions surtout venu pour voir Youn Sun Nah nous enchanter comme l’année dernière. Cela n’a pas manqué, le quartet fonctionne toujours aussi bien. Le set avait légèrement changé par rapport à l’année dernière et surtout, la chanteuse nous a fait un dernier morceau en juxtaposant de nombreuses voix à l’aide d’un sampler, un exercice dans lequel je l’imaginais particulièrement performante et cela n’a pas manqué. Alors bien sûr, la jeune chanteuse a pris de l’assurance et ses marques à Vienne, l’effet de surprise qui nous avait participé à notre émerveillement l’année précédente ne jouait plus, mais on a quand même passé une soirée magique car cette chanteuse et son groupe (que j’aimerais voir même parfois plus présent) son tout simplement énormes.

Pour le bien des organismes, on fait l’impasse sur la soirée autour de Quincy Jones et la nouvelle génération (apparemment on aurait pas du) et la soirée blues (qui était aussi de très bonne facture selon les abonnés). Mais samedi, il y avait la soirée immanquable de cette édition (avec la venue des Roots samedi prochain) avec la Daptone Super Soul Revue pour le 80e anniversaire de l’Apollo. On découvrira avant cela Matthew Whitaker, organiste de 13 piges et récent gagnant des concours amateurs de l’Apollo. Amateur, il ne devrait pas le rester très longtemps. S’ensuit la venue des Monophonics, super groupe de San Francisco, qui sera accompagné par Ben l’Oncle Soul. Oui bon ben que dire, si ce n’est que le bonhomme a compris qu’il fallait arrêter de chanter en français (son prochain disque sera en anglais et quand on écoute les lyrics français, on est soulagé pour lui) et qu’il est sacrément bien entouré. Même si le gars a du niveau, force est de reconnaître qu’il a tout les mauvais tics du chanteur de soul, en restant omniprésent avec des fin de phrases et des ‘oh yeah hum hum’ à n’en plus finir. C’est pas désagréable  (à part sur la fin) mais ce qui est sûr, c’est que les intermittents auront gagné quelques soutiens supplémentaires en débarrassant la scène avant le rappel. Merci à eux.

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© Jean-François Lixon

On trépigne. Car on sait que ça va bouillir. On a un programme dantesque avec une grande partie des signatures Daptone Records et on commence avec le groupe instrumental The Sugarman 3. Chaleur et solos de sax virevoltant. Puis nous vient, dans son habit de lumière jaune poussin et ses chaussures pailletés le toujours plus émouvant Charles Bradley. Toujours égal à lui-même, avec sa voix rocailleuse sans retenue, le crooner arrivé sur le tard nous fait vibrer comme à chaque fois. En agrémentant la performance avec ses pas de danse de derrière les fagots (le grand écart et cette espèce de danse du cygne géniale), Bradley est un grand et pourrait sûrement prêcher plus tard tant son discours sur l’amour à la fin fit lever la foule. Comme à son habitude, il partira par la fosse pour aller embrasser les gens et le rendre l’amour qu’ils lui ont donné.

On enchaîne avec l’afrobeat d’Antibalas et un line-up différent de celui que l’on avait vu la dernière fois au Ninkasi. J’ai trouvé le son un peu cra-cra à certains moments de leur set mais on passe toujours un bon moment. Si une partie du public n’a pas accroché tout de suite, les gars on su faire monter la sauce pour chauffer le public à blanc avant l’arrivée de la grande lady. A noter qu’une greluche est montée sur scène pour se trémousser de façon gênante pendant beaucoup trop longtemps avant d’être poliment dégagée.

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© Jean-François Lixon

Les Dapkings reviennent et là, je dois dire que malgré mes attentes, je ne m’attendais pas à ça. Une furie, une tornade, un ouragan, c’est bien dans ce vocabulaire qu’il faudra aller chercher lorsque Sharon Jones est sur la scène. Un peu plus de six mois après la fin de son traitement contre le cancer, Ms. Jones crie, danse et fait preuve d’une énergie invraisemblable. Je m’attendais à quelque chose d’un peu plus posé mais en fait le set se fait pied au plancher et c’est un régal de tous les instants. Elle invite même un fan fidèle (apparemment là à quasiment tous ces concerts français) à venir sur scène danser avec elle (et bien entendu la greluche sus-mentionnée est venue se coller encore une fois, toujours gênant). Le tout se finit en affaire de famille avec tous les musiciens sur scène et un final en apothéose. Un super moment et une nuit qui restera longtemps dans les mémoires. Enfin une vraie nuit soul qui ne sentait pas le réchauffé.

On se dit à la semaine prochaine pour un petit retour sur les trois dates qu’il nous reste.


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