Robse – Colibri

Les hasards de la vie ont fait qu’on avait croisé la route de Robin, pas encore rappeur, il y a un bon nombre d’années au centre social de Champvert. Logiquement, cela fait aussi pas mal de temps qu’on suit le parcours du bonhomme, de la vidéo One Shot (un risque que beaucoup n’auraient pas pris) aux différents freestyles et morceaux. Aujourd’hui sort ‘Colibri’, son premier album. Et comme on l’a écouté et qu’on l’a aimé, on va faire comme lui, « de la pub aux gens qui méritent ».

 

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« Tu veux savoir d’où j’viens ? Idir, berceuse, bicyclette, Bourville »

Le titre fait référence au volatile qui, même s’il ne réglera pas tous les problèmes du monde, aura au moins fait sa part du boulot sans se poser de questions. Cette simplicité et cette humilité transpirent du rap de Robse, que ce soit dans son écriture ou dans son interprétation. On a l’impression d’une grande place laissée à l’instinct, d’une absence de calcul, comme si le MC se faisait plaisir à tenter des choses sans être obnubilé par le résultat. Après tout, comme il le dit lui-même, il n’y a pas que le rap dans la vie alors pourquoi ne pas faire simplement ce qu’on veut, ce qu’on aime?

 

« Ha j’peux t’en faire des métaphores ça vaudra pas le coût de la vie »

Dix titres, une grosse demi-heure, voilà qui suffit à faire les présentations et découvrir les différentes facettes de Robse. On le savait capable de kicker violent et les deux premiers extraits ‘Colibri’ et ‘Janemba’ nous l’ont confirmé. Que ce soit sur la prod au relents dubstep du premier ou les grosses percussions du second, Robse fait le taf. Dans son style caractéristique, à l’ancienne, un peu fou, il enchaîne avec son énergie et son panache de pur gone. Le grand Lyon, il l’a arpenté de long en large (il en a même ramassé les poubelles) alors il le représente jusqu’au bout de sa langue.

« Moi y’a plus que mon amour quand je me laisse aller »

Mais ça, c’est le Robse qu’on connaissait. C’est en écoutant ‘Casse-tête’ qu’on est resté un peu sur le cul. BPM rapide, refrain pop, le morceau est carrément inattendu et déstabilise à la première écoute. Puis le hochement de tête arrive, on se surprend à fredonner, preuve que l’éventail de ce pianiste de formation (dix ans de piano derrière lui, autre surprise) est bien plus large que ce qu’on pouvait attendre. Le chant, il en fait une arme de choix sur ce disque, s’y essayant avec réussite sur plusieurs morceaux (le touchant ‘Huis-clos’, le sublime ‘Dimanche Soir’). L’éloignant du volatile hyperactif rappant à toute berzingue en permanence, ses mélodies aériennes nous permettent de respirer et aussi de mieux identifier les morceaux.

 

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« L’Animalerie, la Mégafaune me rappellent que j’suis une fourmi »

Tête pensante de l’Animalerie, Oster Lapwass joue les chefs d’orchestre sur le projet (avec des coups de pouce de Panda Dub & Eddy BVGV). Il y a confectionné un écrin synthétique avec une vraie direction artistique, faisant de ce ‘Colibri’ un véritable album et pas une simple collection de morceaux accolés les uns aux autres. Cette cohérence est louable, surtout pour un projet court, même si on pourrait parfois regretter un manque de chaleur dans les productions. On aurait aimé, peut-être, un peu plus d’organique, de lumière, en écho au rap écorché vif mais au fond rempli d’espoir de Robse, comme sur le poignant ‘Dimanche Soir’ qui clôt l’album magnifiquement (notre morceau préféré du disque d’ailleurs). Si Robse s’entoure souvent de producteurs lyonnais (Lapwass, Vax-1, Wone 2, …), pourquoi ne pas explorer de nouvelles contrées pour la suite ? Mais en même temps, prendrait-il autant de plaisir s’il ne bossait pas en famille?

« [Pour] Ceux qui bossent tellement pour la mif qu’ils vont pas manifester »

La plume (noire) de Robse est directe et authentique, parfois naïve, les émotions transpirent, sincères. Sans forcément nous raconter sa vie de manière frontale, Robse se livre énormément. Tantôt calme dans des ambiances intimistes, tantôt enragé sur des bangers aux petits oignons, il rappe les tripes à l’air, les nerfs à vif. Au jeu de la petite comparaison flatteuse, on irait plutôt du côté de Marseille : sur le disque plane l’ombre d’un Rat Luciano de 2017, ouvert aux évolutions du rap actuel. Alors bien sûr, ‘Colibri’ n’est pas ‘Mode de Vie Béton Style’ (ils n’ont d’ailleurs pas la même expérience au moment de leurs albums) mais le potentiel de Robse est bien là et ce premier projet laisse augurer du très bon pour la suite. Goutte après goutte, le colibri arrivera peut-être à ses fins.

 


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