Rencontre avec :
Nick UDGS

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Flashback quelques années en arrière. Alors que nous devions afficher et flyer à Villefranche, une terre encore lointaine et mal connue pour Paperboys à cette époque, nous tombons sur un shop qui semble convenir à notre cible : Underground Store, disquaire. L’accueil est plus que chaleureux, on nous paye un café et on finit par passer quasiment une heure à tchatcher avec le proprio avant que le devoir nous rappelle. Mais le contact est noué et le courant sacrément bien passé. Nick (c’est donc le blase du proprio) passera régulièrement nous poser des flyers pour ses soirées.

Flashforward. Aujourd’hui, c’est avec ses traditionnels sourire et bonne humeur, mais aussi des viennoiseries (ce qui ne gâche rien) qu’il débarque à l’agence pour une interview. S’ensuit une discussion à bâtons rompus de plus de deux heures. Nous sommes curieux, l’homme est loquace, et il se trouve qu’il a des tonnes de choses à raconter. Les anecdotes s’enchaînent à une vitesse folle et certains épisodes ou connexions nous clouent le bec. De Dîn Records à Mobb Deep, du skate à Lyon au business des prisons, voyage avec celui qui se définit comme « disquaire, DJ, animateur radio et activiste double H ».

LES ORIGINES

La phrase de Roosevelt « Do what you can, with what you have, where you are. » est une des maximes que Nicolas a adopté à bras le corps. Il sait qu’en s’ancrant à Villefranche, sa ville d’origine, il se met peut-être les bâtons dans les roues. Mais en même temps, c’est sa ville et s’il faut aller chercher les gens avec les dents, il ira volontiers. Et puis des curieux prêts à faire des bornes pour la qualité, il y en aura toujours. Il le sait. Il en fait partie.

Je viens de Villefranche mais je suis aussi un skater Lyonnais. Les mecs de Lyon venaient nous voir car on avait un super skate park à l’époque. Ici (chez Paperboys, à Confluence ndlr), je suis chez moi puisque je skatais à Charlemagne de nuit avec mon cousin Alex et aussi Fehdi. Je me souviens de toutes les époques, c’est comme si c’était hier. Le vrai hip hop, j’y suis venu par le skate. J’achetais Naughty by Nature en K7, mon premier maxi CD de Snoop Dogg, etc… Mais les gros sons, c’était dans les vidéos de skate. Il y a des vidéos mythiques comme la Zoo York Mixtape. La mienne est dédicacée par Harold Hunter, qu’il repose en paix. C’est la coqueluche de Zoo York, le gars mythique avec la tête de poisson qui est dans le film Kids de Larry Clark… Il n’y avait pas que du rap, il y avait plein de styles dans ces vidéos, mais toujours qualitatif.

Le skate, c’est un peu le vrai esprit hip-hop. Ça a été ma meilleure école. Tu vois tout ce qui se passe dans la rue. T’es en train de galérer, à te prendre la tête sur ton trick mais tu vois tel employé de bureau qui sort, tu vois les actions de la rue. Tu es spectateur d’un monde que tu ne devrais pas côtoyer normalement et tu apprends en regardant tout ça.

Skateboarding-au-Tonkin

A l’époque, je commençais un peu à collectionner les disques mais sans avoir de platines. Donc j’allais les mixer, comme je pouvais chez DJ Négatif (a.k.a. Cédric Darbord, responsable du site LyonHipHop.com ndlr). Je l’ai connu vers 16/17 ans via le skate. C’est chez lui que j’ai eu l’envie de devenir DJ. Je mixe vraiment à l’ancienne. Je vais bloquer un pass pass sur une phrase, un mini-break qui dure normalement 2 secondes pour le faire durer 40 secondes. Demande moi de faire un crab ou un flare, je ne vais jamais y arriver. Des baby scratchs, des cuts, ok mais sinon… Je mixe comme je parle en fait.

Monter sa boîte et ouvrir un commerce, il s’en est vite rendu compte, est une chose qui prend du temps et beaucoup d’énergie. Surtout à 22 piges et même quand on a multiplié les expériences pendant trois ans.

Les prémices de mon côté « commercial », c’était en travaillant à H.Landers. Je suis rentré par ma cousine, qui était responsable de Claire’s et qui m’avait fait bosser en vacances là-bas. Et je suis resté parce qu’on écoutait du son. On mettait le son qu’on voulait avec Pilou, mon responsable, qui était de Marseille et un skateur aussi. Je pliais des vêtements comme un chien pendant 4 heures mais je m’écoutais tel ou tel classique. On se mettait la Cliqua avec Malika et t’avais la grand-mère de soixante piges qui venait acheter un jean pour son petit-fils. On était libre à ce niveau-là. Pendant trois ans, j’étais dans 38 m², je gérais des centaines de milliers d’euros. Je faisais les ouvertures, je faisais les remises de caisse à la banque, j’observais ce qui se passait. Et je me suis simplement dit : « pourquoi ne pas faire ça pour moi ? ».

J’ai aussi bossé pour la boîte Urban Act, une marque de sape sur Paris. Une grosse expérience car c’était aussi une société de propagande, des confrères à vous. L’album de Madonna sortait et ils collaient des affiches partout en ville. Au premier festival l’Original, où il y avait eu Raekwon à la Friche RVI, j’avais eu un stand avec La Sauce Urbaine, une asso de skate qu’on avait monté à Villefranche. J’ai rencontré Laïd, un des boss d’Urban Act à cette occasion. C’était mon voisin de stand, je m’entends bien avec lui et hop. C’était en 2004. Du coup, il me faisait toute la sape à prix coûtant et je la revendais. Ils avaient de la bête de sape, c’était de la bonne qualité Urban Act. Là c’était juste après le lycée.

Premier-flyer

D’ailleurs JM, le boss de l’Original, il le connaît bien. Lui qui a appris l’anglais en matant Friends en VO (« Essaye de faire dire Wesley Snipes à ma daronne, on aura de l’audimat ! ») avait été engagé en tant que traducteur pour réaliser des interviews pour le magazine Version 69, notamment celles des légendes Kool Herc (un des premiers DJ Hip-Hop) et Tony Touch. La rencontre avec ce dernier est un épisode quasi-mystique pour Nick puisque après lui avoir serré la main, il eut comme un déclic : il comprenait désormais tout à l’anglais et pouvait capter un album de rap comme Let’s Get Free de Dead Prez dans les moindres détails. Il l’avoue, « c’est bizarre, t’y crois, t’y crois pas mais c’est comme ça »…

En parallèle, j’ai aussi travaillé pour le label, Din Records (label de Médine, Brav, Tiers-Monde notamment, ndlr). J’étais agent VDI pour eux et je distribuais le maxi International avec Infamous Mobb à l’époque. Il est sorti en 2003. J’étais au tel avec Sals’A (a.k.a Alassane Konate, boss de Din Records, ndlr). La petite histoire, c’est que mon disquaire sur Paris, KNR, était un spécialiste en mixtapes. Il avait un catalogue de malade mental. Un jour je vais enfin le voir alors qu’il venait de créer sa boutique et je lui dit : « j’ai tant de budget, c’est quoi ta sélection cadeau ? » Il m’avais sorti à l’époque l’album Ghetto Moudjaidin de Ness&Cité,. J’ai tellement kiffé l’album, les prises de son, etc… que je les ai rencontré au printemps de Bourges. Et j’ai pris de l’expérience dans le milieu du disque avec eux.

LA BOUTIQUE

Le Underground Store est situé à côté de la place des Arts et est en fait un extrait du sas des remparts de la ville. Car oui, Villefranche a des remparts et c’est une ville où historiquement, on met les cassos, les endettés, les handicapés et tout ce genre de mecs. Il se trouve que l’Underground Store était une boutique mythique de la ville : déjà un disquaire dans les années 70, puis des boutiques de souvenirs et d’artisanat. Ouvert le 17 septembre 2005, le jour de ses 22 ans, tout n’a pas toujours coulé tranquillement pour la boutique souterraine.

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Un jour je passe devant cette boutique et je vois « bail à céder », ça me travaillait. Naïf, je me dis « Oh il veut donner son affaire ! ». J’y vais direct, j’appelle et j’ai compris : il faut monter une entreprise, faire des démarches, etc.. Ça m’a pris un an. Mais je me suis accroché. J’étais optimiste et motivé à l’époque.

Parce que maintenant, le vinyle est revenu… Mais à l’époque, j’ai connu des périodes difficiles. Surtout que je ne me suis pas mis sur internet tout de suite. Je ne l’ai fait qu’après les inondations (en 2008 la boutique a été complètement inondée, ndlr). Je suis reparti de zéro, je me suis dit que c’était le moment de faire une boutique Discogs. Mais jusqu’à 2009, j’ai tenu à l’ancienne, en mode salon du disque, avec des horaires d’ouverture bien plus larges, etc… Maintenant j’ouvre moins car internet me prend trop de temps. Je n’ai plus le temps de m’occuper de la boutique, nettoyer, passer 3 heures avec un client qui va m’acheter pour 23 €. Internet représente environ la moitié de mon chiffre d’affaires. Une autre partie importante se fait sur certains festivals et des événements que j’organise. Là je prends pas mal. Par exemple, le festival Hip Hop Kemp (en République Tchèque, ndlr) représente quasiment 2 mois de chiffre d’affaires.

De 2006 à 2009, j’ai aussi eu le business des prisons pour lesquelles j’étais fournisseur officiel. En tant que détenu, si tu voulais n’importe quoi en produit multimédia, il fallait avoir de l’argent sur ton compte et après la cantine passait la commande. J’avais appelé ma boîte Escape Distribution. Avec ma mère on avait monté un dossier de fou pour ça, on était allé voir des boîtes d’audit, les banques étaient à nos pieds. Ma mère bossait à la Poste, elle était en pré retraite et a pris le statut création d’entreprise. Ça avait commencé avec la prison de Villefranche et après j’avais signé un contrat d’exclusivité en montant en banlieue parisienne à Montrouge (siège social de Compass Group) pour être fournisseur de 8 prisons de la région. C’était bien car ça m’assurait des garanties financières et une certaine régularité.

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Mais c’était une mission ! J’y allais comme dit AL, « de Dijon à cheval ». J’allais à St-Pierre d’Albigny en vélo pour livrer à Aiton . Parce que la deadline, c’était la deadline ! Je sortais du putain de train, je traversais les voies, comme dans Rambo. J’arrivais au milieu d’un chemin de campagne, il y avait des moutons et tout, c’était dingue. J’arrivais tôt le matin et je livrais. Parce qu’en gros si tu livres trop tard, ils peuvent refuser la marchandise donc quand la deadline était trop short, j’y allais moi-même.

Alors dans une sacrée dynamique, le rêve arraché au prix de la sueur et de l’enthousiasme prend plusieurs coups dans l’aile lors de cette foutue année 2008. C’est d’abord la loi qui autorise à nouveau les familles à apporter les objets mutlimédias aux détenus et met fin immédiatement à Escape Distribution. Ce sont ensuite des inondations qui ravagent la boutique. Sans couverture de perte d’exploitation sur son contrat d’assurance (« On te demande si tu préfères 30€ par mois ou 100€ par mois. A ton avis, j’ai coché quoi ? »), il touche un petit chèque. A peine de quoi repartir après une fermeture de huit mois. Il en gardera d’ailleurs une rancœur acerbe contre un fournisseur historique, Gibert Joseph, qui lui enverra les huissiers au lieu de le soutenir (« Depuis cette procédure ils ne m’ont jamais revu et j’en veux surtout au gérant principal qui se reconnaitra »).

Pour continuer à faire parler de moi pendant la fermeture, j’ai fait des expos de pochettes de disque de ma collection. Je faisais des mixes pour dire que j’étais toujours là. Mais à des moments j’ai pensé à fermer. Le maire m’attrape et me dit « si vous décidez de partir, appelez-moi ». Ok ok… J’étais dans une situation grave tendue, je réfléchis longtemps… Et je finis par lui demander: c’est quoi votre offre ? « Ha non, mais la mairie n’est pas intéressée par votre local. On veut juste qu’il n’y ait pas n’importe quoi après vous. On veut simplement contrôler ce qui se passe, pour la sécurité. » Ha ouais ? Et ben t’inquiète, je vais pas partir tout de suite alors ! Et j’ai remonté le pente, lentement mais sûrement.

Ça me fait penser aux badges tout ça d’ailleurs. Car je suis vendeur de badge aussi. Une fois, je me suis remboursé un A/R Lyon Munich en vendant des badges à l’entrée du concert ! Écoute le plateau à Munich le 3 juin 2011: Inspectah Deck, Rah Digga, Torae qui n’était pas encore connu, Smif’n’Wessun et DJ Premier. C’était l’anniversaire de Tek (de Smif’n’Wessun, ndlr) pile poil, il est du 3 juin. Du coup Preemo a mixé 3h à la fin pour l’anniversaire de Tek. Et dans la salle t’avais une trentaine d’allemands qui étaient avec leur bouteille de Teq ! Ils voulaient lui offrir la bouteille. J’avais eu un stand car enfin de tournée avec Verbal Kent et tout était payé sauf le transport. Et bien j’ai remboursé mon transport aller-retour en vendant des badges! (Je place d’ailleurs un clin d’œil à mon ami lyonnais, l’artiste artisan HP).

C’est un signe tout ça. On va au delà de l’argent. Un badge qui vaut 2€, c’est quand même plus joli qu’une pièce de 2€ bordel ! Ce sont les petits trucs, la petite attention qui te remet la pêche. Tu vas avoir la bonne énergie au bon moment. Tout est important. Par exemple, je vais passer du temps à trier mes 45t à 50 centimes. J’en ai des mètres et des mètres et ils payent mes cafés, c’est le seul truc que je déclare pas en comptabilité. Je préfère faire ça, que les gens aient trouvé le truc qu’ils cherchaient plutôt que de booker je sais pas quel gros artiste, démarcher une salle, un promoteur ou quoi. La réussite, ce n’est pas l’argent, c’est faire comme tu veux, en subvenant à tes besoins. Si tu prends un billet en plus, c’est bien. Et une chose importante pour moi est que je fais mes propres erreurs. C’est très frustrant de faire les erreurs d’un autre. Au moins dans ma boutique je fais comme je veux.

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HIP HOP KEMP

Passage désormais obligé pour le Underground Store, le HipHop Kemp est un énorme festoche hip-hop de République Tchèque. Brassant plus de 20.000 personnes bien que situé à Hradec Králové (à vos souhaits), son public est encore attaché aux différentes disciplines du Double H. Un festival qui selon Nick ne pourrait pas avoir lieu en France: « Les trois quarts des rappeurs français, qu’est ce qu’ils en ont à carrer de la danse et du graffiti ? ». Retour sur quelques épisodes croustillants.

J’y vais depuis 2010. Être présent chaque année là-bas et représenter la France, c’est important pour moi. Maintenant on y va organisé mais au début… La première année où on y va, j’y vais en bus. J’ai beaucoup de respect pour le continent africain mais là j’y vais vraiment comme un africain. J’étais avec 3 bagages énormes. Lyon-Prague, 18h de bus, avec mon stand et mes skeuds. J’avais à l’époque une stagiaire en extra mais on l’oubliera car elle me doit toujours de l’argent de cette époque. Le bus de Prague t’emmène à Hradec Kralove et ensuite tu dois aller sur le site. Plus d’un jour de voyage en tout. Moi je suis le petit français qui arrive avec tout son stand mais à pieds. Mais j’ai eu une sacrée récompense.

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En gros, je me souviens plus comment, mais j’attendais la clique à Snowgoons avec Sabac Red dans leur loges, le petit cubain de Non Phixion. Il était venu l’été d’avant à la boutique, on avait joué à la pétanque d’ailleurs, il sait jouer! Bref, je me retrouve à les attendre pour leur donner des tee-shirts, leur souhaiter une bonne scène. Sabac vient me voir, me prend dans ses bras et me dit : « j’ai besoin de toi pour ma scène ». Sur la scène principale. Premier festival international de hip-hop. J’ai fait le comédien dans l’intro de son show ! Il y avait une voix off qui décrivait une scène où j’étais un père de famille américain qui apprenait à sa fille de 7 ans à tirer avec une arme. Je me retrouve sur scène devant plus de 10.000 personnes, retransmis sur écran géant alors que je n’ai même pas eu le temps de revenir au stand et que je suis en short et claquettes ! Tu revois les vidéos de l’époque, j’y suis (en effet ndlr). J’ai trop pris mon rôle au sérieux, j’étais au taquet. Et après, je suis venu avec mon tee-shirt à moi et je suis resté sur scène avec eux. C’était fou.

LES CONCERTS ET LA VIE DE TOUR MANAGER

Organiser en Europe des tournées d’artistes américains est une des autres cordes à l’arc de Nick. Un créneau du hip-hop « à l’ancienne » qu’il partage, sur Lyon, avec le crew Panthers (« Gwen, je l’adore, il est sacrément pointu, il adore Lyon, c’est un charbonneur de fou »). Même s’il a appris à prendre du recul sur le contact avec les artistes et à bien différencier le management de tournée et celui des artistes (« Manager d’artistes, je déteste ça. Les chichis en permanence… Genre « chope moi de la weed ». T’es dans un concert de hip-hop, t’as besoin de moi pour choper de la weed ? ») organiser des concerts lui a permis de faire de belles rencontres et de vivre de sacrés moments.

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Avec Big Noyd, Havoc & Prodigy

J’ai rencontré Big Noyd et Prodigy pour le première fois le 30 juillet 2004 à Luzern en Suisse. On était monté voir Mobb Deep avec Busta Rhymes là-bas. On était avec Steph, de la Fnac, qui était dans tous les concerts, DJ Duke était aussi de la partie, on le remarque toujours dans la foule le dino ! Ma première carte pour accéder aux backstages, c’était le maxi de Ness & Cité et Infamous Mobb. Je voulais juste donner un tee-shirt de MG, le logo représentant le quartier de la Boussole de Din records, et les capter pour faire une photo. Un truc tout pété mais pour moi c’était beaucoup. Finalement j’ai obtenu un pass VIP pour aller à l’étage où il y avait une expo Ferrari mais je n’ai pas pu rentrer dans les backstages alors j’ai attendu les gars à la fin et j’ai pu faire des photos… Mais tellement à l’arrache. Elles sont trop mal prises tellement j’étais content. Après c’est 2006, le concert qu’a organisé JM à Lyon. J’avais un stand à l’entrée et je capte à la fin Alchemist et Havoc puisque Prodigy n’était pas là. On pourrait faire un article rien que sur moi et mes connexions Mobb Deep parce que franchement…

Prodigy m’a envoyé une lettre de prison ! Alchemist m’avait donné l’adresse et je lui avais écrit car j’avais des confessions à lui faire sur des trucs sérieux. Et il m’expliquait qu’il était en train de sortir un livre, j’ai deux pages recto-verso que Pee m’a envoyé. C’est un truc de malade quand même ! Une semaine après les inondations, mon magasin est encore plein de boue. Je regarde ma boîte aux lettres et je voie Midstate Correctionnal Civility Marcy New York. Ça m’a fait un truc. J’ai envoyé la lettre comme ça en disant « dommage que tu n’ai pas pu venir au concert à Lyon, j’étais là, je suis en bonne connexion avec Alchemist ». Et le gars m’a répondu sur du papier jaune en signant Don Pee.

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Après j’ai fait des dates avec Alchemist en 2012. Big Twins et lui sont venus à la boutique pendant la tournée, ils étaient ensemble. Alchemist était frustré quand il est venu au magasin et encore plus à la mezzanine. La frustration de pas avoir le temps de regarder. Il n’était pas bien. C’est un malade lui. Ces projets instrumentaux j’adore. Russian Roulette, Israelit Salad… ce sont des tueries. Après, j’ai vraiment mis un pied dans la clique Mobb Deep en 2014.

Depuis 2014, je suis le DJ de scène de Godfather pt 3, un des membres d’Infamous Mobb Deep. Je suis son DJ de scène, son tour manager, son pote. Mon rôle, c’est ça : le DJ qui n’utilise pas d’ordi, qui va sortir le sample du morceau que tout le monde adore, produit par Alchemist ou Havoc. Je vais te sortir le 45t péruvien que Domingo a samplé. Avec lui, je joue du Gérard Lenorman, du Tyron Davis qui est funk/soul 76, du Cerrone dont je suis fan… Je glisse l’original, je montre la pochette en mode vénère… C’est mon fond de commerce, c’est ce que je fais.

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Aujourd’hui, après tout ça, je n’ai plus du tout envie de rencontrer l’artiste. Je suis fan des mecs mais pas fanatique. Parce que tu repars souvent déçu. Après, je te dis ça mais dernièrement, Prodigal Sunn quelle rencontre… Mais j’ai rencontré assez d’artistes, j’ai toutes les cartes en main, à moi de bien jouer avec. Il faut que je m’occupe du concret.

LES PROJETS

Vous l’aurez peut-être deviné au fil de l’article : cet entretien a été réalisé avant le décès de Prodigy en juin dernier. Nick nous parlait d’ailleurs des possibilités de tournées en Europe et en France, notamment dans un format unplugged avec musiciens. Mais aussi de la maladie de P et du décès de sa mère le 25 décembre dernier. Un événement tragique qui hélas donne un écho supplémentaire à un projet sur lequel Nick bosse depuis plusieurs années. Mais qui n’est bien entendu pas le seul.

Quand j’ai rencontré Prodigy l’année dernière, je lui ai ramené la lettre qui datait de 2008. Il a buggé. Je lui dis « Écoute, dans cette lettre tu m’avais parlé d’un livre. Il se trouve que je me le suis procuré, que je l’ai traduit en le lisant et que j’ai les 2/3 sous Word ». Donc je lui dis « viens on fait une version française », il me dit « pas de problème ». J’ai le mail de son manager général et tout le monde a validé. Je connais même Laura Checkoway, celle qui a co-écrit le livre avec P. Sauf qu’on ne trouve pas d’éditeur. Les mecs, tu leur envoies le mail, ils s’en battent les couilles. C’est quand même pas n’importe qui… En plus il a refait des livres, notamment son bouquin de cuisine pour détenus.

J’ai revu Prodigy à Mulhouse après. Et pour te dire comment ils sont pétés, je sais même pas s’il m’a reconnu. Il était tout en noir, il avait les lunettes noires, la capuche, tout en noir. Ils faisaient une séance de dédicace dans un magasin avec Big Noyd et Havoc.. Je le recapte pour lui dire « j’ai envoyé les mails, il ne se passe rien ». Mais bon, ça ne bouge pas. Je suis sûr qu’il y aurait moyen de les vendre facilement. Je vais pas te mentir, j’ai investi tellement de temps de travail à bosser sur ce livre que je veux un retour, que ça me paye un petit quelque chose.

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Je bosse aussi sur un autre projet de livre : j’ai une collection de disques de mon année de naissance assez hallucinante. J’ai déjà le titre, ça fait 6/7 ans que je bosse dessus. Ça s’appellerait, enfin ça va s’appeler parce que ça sortira, 1983 en 365 vinyls. Une page, un commentaire et la photo de mon disque. Mais je conserve pas que du bon là dedans, volontairement. Il faut que ça m’aie marqué, en bien comme en mal. J’ai envie de dire un mot sur certains artistes français populaires. Y’a des gars je vais les descendre, ça sera un kiff. Et puis j’aime mettre en avant les visuels et les pochettes. Ce sont mes deux projets sur lesquels je cherche un éditeur. Je sais que ça rapportera des sous. Enfin pour l’éditeur. Pour moi je sais bien que non , ça sera de la diffusion, je connais par cœur. Cela reste de la niche.

Pour la suite, je veux pouvoir continuer comme je veux, en indépendant. J’ai beaucoup d’espoir pour mon prochain 33 tours d’horloge. Tous les ans depuis 6 ans, le dernier weekend de septembre, je déballe tout mon stock dans la rue, devant mon magasin, du samedi à 10h pendant 33 heures non stop. C’est mon identité à l’international en tant que disquaire.

Et puis la radio. Cela fait un moment que je suis avec Radio Calade, c’est la 4ème radio libre de France, crée en 1978. Mon émission est sur les musique de film, ce qui me permet d’être dans tout style sans pour autant basculer dans le généraliste. Je choisis des thématiques, soit les acteurs, les compositeurs, le courant musical, etc… Je joue de tout, uniquement en vinyle. C’est tous les mois et tu peux retrouver ça sur le net derrière. J’ai terminé la saison avec un festival sur Spike Lee et je vais attaquer une nouvelle émission avec Ben Becker intitulée L’Alphabet Du Rap Français.

« Pour moi, la situation est tragique il faut impérativement rétablir le tir et diffuser du bon et trop rare rap français.
Disquaire, DJ, animateur radio, activiste double H. C’est ma vie. »


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