Rencontre avec Gaétan Clément

Gaétan Clément est un garçon qui shoote et qui s’éclate. Photographe pour la plupart des soirées lyonnaises, au Ninkasi, au Transbordeur, au Sucre, mais aussi pour Nuits Sonores, Gaétan Clément trace son chemin dans le milieu de la nuit. Planqué derrière son viseur, il immortalise des instants uniques, souvent à l’heure où Cendrillon est ivre ou couchée depuis un bail.

 

Gaetan-Clement-photographe

 

Non, au supplice du rendez-vous lundi matin huit heures ! C’est tranquillement un mardi à dix heures, que Gaétan Clément débarque à Paperboys. Pas de café pour le jeune photographe, il est encore bien « caféiné » de son week-end. Si ses fins de semaine ne ressemblent pas à un samedi ménage ou dimanche rôti chez Mamie, elles s’apparentent plus aux soirées agitées d’un post-pubert. Gaétan, 33 ans, fréquente le milieu de la nuit comme s’il en avait 20. Mais pas de culpabilité, c’est pour le travail. Il exerce principalement la nuit, dans des soirées. Ses clients, les collectifs locaux – Totaal Rez, Papa Maman, Le Sucre, Garçons Sauvages, Encore, Nuits Sonores, et même le Sonar Barcelone – se servent de ses images pour leur communication. Gaétan se balade de fêtes en fêtes, errant à la recherche « du moment », de l’expression où l’éclate, la sensualité ou l’extravagance sera la plus marquante. « La nuit, les gens n’ont plus de pudeur et sont vraiment plus cools », note-t-il. Mais attention, photographe de nuit n’est pas la porte ouverte à toutes les perversions. Le jeune homme doit rester sérieux : les photos ne doivent pas être floues, évidemment. Qu’importe, le garçon a déjà fait ses armes du côté de la rue de la soif, du Perroquet Bourré et de l’Abreuvoir.

 

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© www.gaetan-clement.fr – Le Sucre – Intérieur Queer – MUTANTE – Paula Temple – Rrose – Diane

 

Son premier shoot, il l’a réalisé à la Marquise, lors d’une soirée Enover. Mais le moment décisif de sa carrière, c’était au Sucre pour une Kiblind party. Pass pour le backstage en poche, il s’est baladé pour capter les instants. Depuis son compte Facebook, il a publié les photos qui ont été remarquées par la boîte qui avait posé les structures lumineuses. Le Sucre lui a proposé des soirées et de fil en aiguille, il s’est fait des contacts. Très vite, son objectif a été d’intégrer Nuits Sonores dont il a photographié les deux précédentes éditions. « Nous sommes 6 photographes pour 180 événements. On court beaucoup, on dérush et présélectionne le soir même. Nuits Sonores publie les photos au jour le jour. En général, je dors 2 heures par nuit. »

 

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© www.gaetan-clement.fr – Nuits Sonores 2015 Arty Farty Nuit 4

 

D’origine lyonnaise, Gaétan est photographe professionnel depuis 4 ans. Tout petit déjà, il photographiait de façon candide la famille avec des jetables. Plus tard, son père a acheté un bridge. Et c’est en 2008 que Gaétan investit dans son premier vrai appareil, un D80 de chez Nikon. BTS communication en poche, il bosse pour des annonceurs, puis comme commercial, et rentre dans l’administration du couloir de la chimie, à Saint-Fons. La vie dans les bureaux n’avait plus rien de sexy. Lassé et prêt à tout perdre, il se lance dans la photo et monte sa structure.

« Je n’ai presque aucune photo de moi jeune, car dès 10 ans moi j’étais derrière l’appareil »

Les portraits corporate constituent aussi une partie non-négligeable du chiffre d’affaires du photographe. Dans ce milieu, il est rare que les photos soient publiées sur les réseaux sociaux, les images restent en interne. Gaétan, lui, ne publie rien personnellement. Ses fichiers appartiennent à ses clients qui s’en servent généralement pour la communication.«  Mis à part le Berghain, je ne connais aucun endroit qui n’utilise pas de photos pour sa communication ». Une attention particulière est donc portée sur la dignité des personnes : « les tétons qui sortent, ça ne passe pas, les yeux révulsés non plus ». Une fois, au Petit Salon un couple très mignon s’embrassait, il shoote. Plus loin, un autre couple. Le lendemain, au dérushage, Gaétan se rend compte que la même fille est sur les deux sessions, à trente minutes d’intervalle. Évidemment, il n’a publié qu’une seule des deux séries. Dans ses reportages de soirées, le photographe déteste que les gens lui demandent des photos. Avant, il faisait même semblant de les prendre.

« La photo où l’on pose, on l’oublie. Les photos spontanées finissent souvent en photo de profil Facebook »

De son point de vue, un cliché réussi, est une image instinctive, celle qui reflète un moment présent et non posé. Il se souvient d’un cliché – qu’un gars a gardé en photo de profil pendant plus d’un an. Le gars en question tenait sa copine par-derrière et lui sentait les cheveux. Ils dansaient, un jeu de lumière les frappait. Ce qui donnait l’impression qu’ils étaient seuls au monde. « La photo où l’on pose, on l’oublie. Les photos spontanées finissent souvent en photo de profil Facebook ».

Sa technique : travailler avec peu de lumière et des poses stables. Il se décrit comme un technicien et non un artiste. Maître de la lumière, il utilise des flashs et des flashs déportés. Avec, il travaille la silhouette, et prend le temps en post prod pour livrer des images soignées, retouchées. Avec le traitement, il se démarque et impose sa propre touche. Avant, les photographes obtenaient ces résultats avec les chambres de développement. Il expérimente et essaie d’être créatif. La concurrence est assez sévère dans ce domaine, mieux vaut avoir une pâte inégalable. Parmi ses inspirations on compte Brice Robert, un photographe historique du Sucre.

« Des soirées comme celles-ci [Boiler Room au Sucre], on s’en souvient à vie ! Niveau photos, j’avais limite trop de matière »

Un moment épique de sa carrière ? Un souvenir du concert d’Octave One au Ninkasi : les mecs dansaient pieds nus sur des serviettes, les murs dégoulinaient de chaleur. Gaétan était sur scène, à ce moment-là, il s’est dit qu’il kiffait vraiment son taf. La Boiler Room du Sucre l’a particulièrement marqué également. « P.Moore, Kosme et Pablo Valentino ont mis le feu. Les gens étaient vraiment souriants, une ambiance au top. Des soirées comme celles-ci, on s’en souvient à vie ! Niveau photos, j’avais limite trop de matière. »

 

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© www.gaetan-clement.fr – Le Sucre x Boiler Room – Laurent Garnier – Kosme – P.Moore – Pablo Valentino – Lyon

 

Il kiffe travailler avec des artistes qui ont de la bouteille, car ils transmettent leur passion comme si c’était leur première date. Gaétan a dû photographier Laurent Garnier plus de 7 fois. Il aime sa personne, le fait qu’il soit accessible, et que musicalement, ce soit toujours différent. Son seul coup de gueule s’adresse à ceux qui passent leur concert derrière leur écran de téléphone. « Mais pourquoi tu filmes toute le soirée ?! » Ça le rend ouf.

 

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© www.gaetan-clement.fr – ENCORE x Papa Maman – Mush – Octave One – Ripperton

 

Aujourd’hui il respecte et aime les collectifs qui prennent des risques artistiques, comme les Garçons Sauvages ou la Mutante. « C’est engagé, ouvert, humain », d’après Gaétan.  Lui qui a poncé le DV1 avec des sons comme Douster – King of africa – un remix du Roi Lion. Il a aussi tenté d’organiser des soirées généralistes au Loft, mais ça n’a pas marché. Et de toutes façons, il n’a pas aimé le milieu commercial. Aujourd’hui, il se sent à l’aise avec le public jeans baskets plutôt que les chemises et pompes cirées des VIPs à champagne. Il passe de la génération Fluo Kids à celle des Pistos. Gaétan Clément est booké sur plusieurs mois, pour des soirées et des mariages. Après il soufflera un peu en photographiant tout de même quelques festivals d’été.

CF.


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