Hyacinthe – Sarah

On ne saurait pas vraiment dire pourquoi mais la photo de ce mec accroupi devant un bosquet de fleurs est un des visuels qui nous a le plus touchés et obsédés ces derniers mois. La nuit est comme éclairée par un flash trop puissant, le type ne nous regarde même pas, les pétales jonchent un sol pas arrangé pour deux sous et les typos sont anecdotiques. Et pourtant…  Impossible de scroller sur ces teintes rosées et cette verdure sans se dire qu’il faudra bien qu’on reçoive ce disque dans la boîte aux lettres, qu’on en aime ou pas le contenu.

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Je suis une plaie ouverte avec le rire en plus

Hyacinthe squatte nos oreilles depuis ses premiers projets et, avec ses collègues de DFHDGB, ne les a jamais quittées. L’évolution, de disque en disque, est probante et on arrive, avec ce Sarah sorti il y a une dizaine de jours, enfin au premier véritable album de Hyacinthe (même si les différents noms dont on affuble toutes ces assemblages de chansons n’ont plus grand chose de pertinent dans le rap). Tous les éléments caractéristiques de sa musique et tous les indices qu’il a pu laissés jusqu’à maintenant sont réunis ici. Sauf qu’ils n’avaient jusqu’ici jamais été aussi bien polis et assemblés.

hyacinthe

On ne le cachera pas, quand le premier extrait Sur Ma Vie est sorti, la circonspection était de mise. Le refrain gabber ultra-violent, même si on avait déjà croisé ce genre de claviers thunderdome sur certains morceaux, a de quoi surprendre… On avait un peu lâcher. Puis vient La Nuit des Etoiles avec Jok’Air, un acolyte habituel du blanc bec et une connexion qui fonctionne toujours. Cette ballade pop nocturne est sublime et Big Daddy Jok fait ce qu’il fait de mieux, avec sa voie tout en retenue, chancelant sur un fil. Le troisième simple, l’éponyme Sarah, finit de nous convaincre. La production signé Nodey est absolument monstrueuse, son final apocalyptique et dantesque replace le disque parmi les projets qu’on attendra le pied ferme.

 

J’ai fait un cauchemar, j’ai rêvé que j’étais un mec bien

Finalement, un peu plus d’une semaine après sa sortie, il a déjà tourné des dizaines de fois dans nos oreilles. Le trajet crèche-boulot nous amène chaque matin jusqu’au divin Avec Nous. La connexion avec les Pirouettes fonctionne parfaitement (il faudra en faire un clip d’ailleurs). De leur musique ultra-pop et synthétique se dégage un charisme très rap qui ressort à merveille sur ce titre. La fin du titre, avec ses vocalises autotunées lancinantes fait penser à un solo de guitare électrique, orientale et dissonante. Le disque fourmille de ce genre d’idées et de détails qui nous emmènent dans des directions inhabituelles sur un opus de rap français. Ajoutez à ces idées une production et une réalisation particulièrement léchées et c’est gagné.

Après un début de disque très tourné vers la chanson, la bascule vers une seconde partie plus rap se fait avec Sur Ma Vie. Ce morceau est peut-être le plus ambitieux et sûrement le plus déroutant (Hyacinthe a d’ailleurs dit qu’il y en a eu des dizaines de versions avant que Nodey parvienne à assembler le taf des trois autres producteurs pour trouver la bonne formule). Avant ce titre charnière, les trois invités sont des chanteurs. Après, ce sont deux rappeurs. Laylow ramène une touche plus dure et street sur Ma Belle alors que le compère de toujours, LOAS, vient poser son couplet sur Melancholia, un tube abyssal (qui s’ouvre d’ailleurs sur le même sample que le Thug’s Prayer pt. 2 de Roc Marciano).

Spirituel avec une vie de pêcheur, je donne tout pour ne pas vivre dans l’aigreur

De son propre aveu, Hyacinthe a joué sur ce disque un rôle de chef d’orchestre, se reposant moins sur la tête pensante habituelle Krampf. Il est quand même parvenu à accoucher d’un disque équilibré entre son rap instinctif et sulfureux et ses velléités de chanson française. S’affranchissant avec bonheur du lexique « white trash » (gros guillemets) qui pouvait parfois le faire tourner en rond, il a su ouvrir sa plume et son cœur pour tendre vers un message sûrement plus universel. Et là vous me direz, plus de 600 mots pour arriver à « l’album de la maturité » ? Sarah est en tous cas son plus bel aboutissement. Pour le moment.

 

Hyacinthe et Jok’Air sont en live ce samedi 2 décembre au Ninkasi Kao.


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