Dans l’avalanche des tops de fin d’année, il faut savoir faire son choix et bien sélectionner ses crèmeries sous peine de tomber dans un trou noir et de se coltiner un amoncellement sans fin d’albums insipides. C’est par un de ces bilans que nous avons découvert Népal, rappeur parisien de son état affilié à la 75e Session. Son projet 444 nuits était passé en dessous de nos radars passoirs. Mais on s’est depuis bien rattrapé.

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Ce premier projet était un double EP avec un volume bleu et volume rouge. Génération oblige, ce n’était pas une référence à Matrix mais bien à Pokemon. Peu importe, les 12 titres étaient sacrément réussis. Productions de qualité, ambiances nocturnes et surtout un putain de rappeur derrière le micro. C’est sûrement de là qu’est venue la plus grosse gifle. La technique au service du texte et de l’atmosphère, un charisme discret agrémenté de bons mots. On est loin des enchaînements mitraillettes de syllabes vides de sens (« Baisse un peu, va plus lentement, Là gars nan c’est trop rapide. Trop facile, oui l’putain d’secret c’est reste vrai on t’a dit »). Rien de spécial qu’il nous disait. Une fois entendu cette première carte de visite, on n’y a pas cru une seconde.

T’entends un classique moi une banane de l’espace, bellek vous allez rouler comme la teuté à Ned Stark

Après ces 444 premières nuits (et ces 500 CDs écoulés par Népal dans son coin), la 445ème vient d’arriver (l’édition de 1000 disques est déjà partie avant la sortie de l’EP). Elle ne révolutionne pas le style Népal, ce qui tombe bien puisqu’on avait pas eu le temps de se lasser. Les bons ingrédients du premier service sont toujours là, pas de souci. On sillonne Paname par des nuits d’Insomnie, naviguant au milieu de clones («Neuf du mat’, ligne 10, pour m’endormir, j’compte les Stan Smith») ayant fourgué leur âme pour pas cher («C’est flippant pour un SMIC de les voir s’agiter comme Duracel»). L’atmosphère est froide, douce et ouatée, le flow sec et précis, le propos reste sombre et désabusé même si on perçoit une légère évolution. Népal a épuré son rap, le style est plus direct: faire mouche avec peu de mots n’est pas chose aisé, y parvenir souvent un gage de qualité.

Les keufs cherchent des arabes, feraient un perfect en vidant la Seine

Musicalement, ce nouvel EP donne aussi lieu à quelques ouvertures agréables au fur et à mesure des titres. Alors bien sûr, ce ne sont pas les portes de saloon grandes ouvertes vers une pop ensoleillée et plastique. C’est plutôt un léger rai de lumière qui s’immisce par l’embrasure de la porte et éclaire délicatement le chat noir qui pionce à côté d’un cendrier débordant de cancer. Que ce soit sur les refrains de Jugements ou Insomnie, le final Kamehouse mais surtout avec l’incroyable flow à moitié chanté de Kodak White (qui nous prouve qu’il n’a besoin de personne pour pousser la chansonnette), on accède à une chaleur pas désagréable. Faussement caché derrière une sobriété devenue rare et un certain classicisme, Népal réussit parfaitement ces escapades hors du rap pur et dur.

Cette 445ème Nuit nous hante déjà autant que les 444 premières. Son seul défaut ? Insomnie oblige, elle est bien trop courte. On reste un chouïa sur notre faim. Que Népal nous revienne vite avec une nouvelle dose. On n’arrive pas à dormir de toutes façons.

>> 444nuits.fr <<



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