Le prophète est enfin de retour. Nombreux sont ceux qui guettaient le retour du roi de New York (ne nous mentons pas) et ont frémi à l’annonce de l’arrivée en 2017 de Rosebudd’s Revenge. Quelques jours après la livraison, une main à couper que les déçus doivent être rares. La formule ne change pas vraiment mais on en attendait pas moins du maestro tant il la maîtrise à la perfection et que personne ne parvient à la servir avec autant d’aisance.

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Roc Marciano, c’est le gangstérisme élégant, la sobriété du hochement de tête, la science de la belle boucle, le charisme froid du fusil à pompe casé dans le coffre de l’Aston Martin. Il est passé par le Flipmode de Busta Rhymes puis par The U.N. (avec le très bon U.N. Or U Out) avant de se lancer en solo en 2010 avec Marberg. Produit entièrement par Marciano, Marberg s’est imposé directement comme un classique new-yorkais, une bande originale sur mesure à la ballade entre pimps, putes, gagnsters, dealers et crackheads. Impossible de sortir des morceaux du lot de ce concentré de New York. Citons juste, pour l’exemple Snow, Ridin Around ou Thugs Prayer : le brutal crochet au foie ; la fumée du cigare, bien calé à l’arrière d’une caisse confortable ; la liqueur versée à terre pour honorer les mémoires.

 

Deux ans plus tard, Marciano récidive avec Reloaded. S’il ouvre un peu les productions à quelques pointures (The Alchemist et Q-Tip notamment), il est toujours derrière les machines sur la grande majorité du disque. Car s’il est un MC schlinguant la crapulerie à 50 miles à la ronde, Marc’ n’en reste pas moins un producteur de haut niveau qui dispose d’un talent rare pour dénicher et manipuler la boucle qui tournera seule, sans presque besoin d’agrément (avec parfois des rythmiques très discrètes, ce que certains n’hésitent pas à lui reprocher). 76, Deeper, Peru, la liste est longue. Reloaded est une nouvelle réussite.

Son album suivant, Marci Beaucoup, arrive dès l’année suivante. Au menu, des prods de Marc’ uniquement mais des invités sur chaque morceau. Ces partenaires habituels Ka et Knowledge The Pirate sont au rendez-vous mais on retrouve aussi quelques noms plus ronflants comme Evidence, Action Bronson ou Cormega. Avec cette tripotée de guests, on s’éloigne forcément un peu de l’univers purement marcianesque et s’il n’est clairement pas son meilleur disque, il reste un projet super cool à écouter (rien que pour Squeeze ou Confucius).

 

C’est donc 4 ans plus tard (une éternité!) que le pusher Marciano revient nous fournir sa nouvelle dose. Et Dieu que c’est bon de le dire, cette nouvelle merde est sacrément pure, la réussite est totale. Le MC de Long Island enfile à nouveau son costume de gangster classieux et discret, agrémentant son propos de phases terre à terre terriblement parlantes (I still clean my jewelry with toothpaste – chk chk chk) et de comparaisons et références inédites (My nuts hang like ribs in a meat truck).

They thought I was on some Questlove shit
If a pull a few strings, they gon’ have to bulletproof your Range
Every note that they play I arrange
I’m like Barry White, never carry light
Me and the gauge we like soulmates but I’m not the marrying type

 

Car c’est ça Roc Marciano. Comme il le dit lui-même, « these are mobster tales ». Des fables de mafieux imprégnées du sépia des années 70, notamment grâce à des interludes bien senties (celle où une femme explique que les dealers et les pimps étaient avant les mecs les plus fresh et clean du quartier alors qu’ils ressemblent maintenant à leurs clients…) et à des boucles crasseuses et pleines de soul. Mais on reste loin de la grandiloquence du personnage fantasmé d’un Rick Ross, loin des feux de la rampe, on est plus dans l’efficacité discrète. On est tapi dans l’ombre, prêt au mauvais coup, armé de nos couilles et drapé dans une classe plus rentrée.

My queen from Burkina Faso
Dreamy eye hoe, body like a bottle
I was rockin’ some mean Faraggamo hard-bottoms
Y’all ain’t gotta pay me homage, just pay me in dollars

Armé de nos couilles, mais pas que. Rosebudd’s Revenge est parsemé de rimes sur les armes et le shootage d’enfoirés en tous genres, qui constituent un terrain fertile pour jeux de mots de haute volée. Comme toutes les plumes talentueuses, Roc Marciano a un sens de l’imagerie très développé et brille dans l’association d’idée et le double sens.

We don’t pump fake
The pump ain’t fake

Ce disque est donc une pierre de plus à la discographie ultra solide de Marciano. Il nous ramène quelques coups d’éclat de plus, qu’il nous tient à cœur de mentionner quand même : History, Gunsense, Burkina Faso, Here I Am, etc… Mais le disque est fort tout au long de ses quinze morceaux. Prenez donc votre aller simple pour Long Island et écumez l’œuvre de Marc’. De quoi vous inventer mille vies sans décoller votre cul du siège.



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