Chill, expression et inspiration se sont donnés rendez-vous à l’Urban Art Jungle festival, du 17 au 19 février. La galerie Superposition (et asso du même nom) pose – pour la seconde fois en un an-  ses bombes et ses collages dans un spot chanmé, une ancienne menuiserie de Lyon 7. Paperboys a voulu marquer le coup, et est parti tchatcher avec la tête créatrice, à l’origine des projets. Ses envies : démarginaliser l’art urbain et le promouvoir sous toutes ses formes. Mais avant ça, on vous propose de découvrir le parcours cabossé de l’artiste ou un sweet sweet vandal : Rodolf aka Sopra Vento,

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On l’appelait Sopra. Rodolf aka Sopra Vento incarne un gentil daron de la quarantaine. Selon l’heure où on le retrouve, on prendra le café/croissant/clope en terrasse. Depuis son terrain de jeu favori, la rue, Sopra salue du monde. Ce matin, c’est l’artiste Khwezi qui passe par la rue longue – spot de la galerie Superposition, inaugurée fraîchement il y a un an. La bonne énergie des commerçants de la rue a permis à une galerie à ciel ouvert de voir le jour en plein centre-ville : un projet qui dépote. En effet, la quasi-totalité des volets roulants de la rue Longue sont pimpées à l’aérosol. Comme dirait le groupe tzigane : ce n’est pas nous qui sommes à la rue, c’est la rue kétanou !

Sopra, c’est aussi l’histoire d’un mec marqué par un voyage en Afrique. Ado, il a suivi sa maman – chef de projet dans l’humanitaire – et ses deux frères – dont il est l’aîné, jusqu’en Guinée Conakry. Il passe un an à Labé, inscrit dans une école où il était le seul blanc. Ce qui ne l’empêche pas de se lier d’amitié avec les jeunes de son âge.  Un âge où il avoue avoir fait quelques conneries et ne pas avoir été conscient des aspects politiques locaux.

J’ai perdu une année scolaire française, mais gagné un an d’aventures sur place

En Guinée, ses copains de classe loupaient souvent l’école, contraints de bosser. Des enfants qui se doivent d’assumer leur famille et qui, dès le plus jeune âge, sont déjà des professionnels de la vente et de l’artisanat. « Ils fabriquent des bijoux, des couteaux et vendent tout un tas de trucs sur les marchés ». Un jour, il se souvient d’avoir suivi ses potes jusqu’à une mine de sables. Caché dans un camion, il a traversé une frontière et a passé la journée à remplir des seaux. En rentrant, il s’est pris une telle secousse qu’il s’en souvient encore aujourd’hui. Après cet épisode, à la vue de l’inquiétude de tout le monde, il s’est tenu à carreaux.

Cette expérience a changé son comportement. De retour en France, il a décroché du système scolaire. Avec une bonne base d’impolitesse et rejetant l’autorité, il a tout envoyé en l’air. À ce moment là, il a commencé à tagger les murs de ses quartiers. Il vogue, jusqu’à marquer un stop à la friche RVI, une usine désaffectée investie par des artistes. Tombé dessus en allant voir un pote qui squattait déjà là-bas, Sopra découvre le potentiel du bâtiment et décide d’installer son atelier créatif.  À cette époque, il fait partie des dix associations qui occupent la friche.

Immense espace, « il permettait le rêve ». Dans ce bâtiment de plus  25 000 m², les résidents ont pu bâtir ce qu’ils voulaient pendant plus de dix ans. Sopra et un pote (féru de récupération) avaient construit un atelier tout en palette. 300 m2 « avec bar et dancefloor ». Ils ont utilisé des vitres chopées gratuitement à l’usine JC Décaud pour fabriquer le plancher de la mezzanine.

Dans cette expérience collective, il s’est forgé un caractère d’artiste,  sa démarche s’est authentifiée. Il a commencé par peindre des toiles puis s’est intéressé au volume. Il a aussi brûlé du plastique et jeté de la peinture dans tous les sens, chose qu’il ne pouvait pas faire dans son appartement.

À la friche RVI, j’ai expérimenté. En mélangeant mes découvertes et mes erreurs, j’ai construit des oeuvres

Depuis quelques années, Sopra se questionne. Il aimerait relancer le collectif Art Step avec lequel il a vécu de belles aventures. L’asso, branchée arts au sens large, tenait une galerie rue Édouard Herriot. Dans une démarche de promotions de l’art,  Art Step et  Architek ont été les premiers à avoir ouvert le garage Citroën à l’angle de la rue de l’université et de la rue de Marseille. Un autre des projets phares d’Art Step a été de créer le ciné à l’envers  en partenariat avec le Comoedia. Des artistes devaient créer leurs affiches de films et depuis l’image imaginer la scénarisation.

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Avec Superposition, Sopra a relancé la machine génératrice d’idées. Il s’est entouré de nanas maxi motivées : Orbiane, Marion et Hélène, pour la concrétisation des projets. Leur synergie tend à créer un univers idéaliste, qui fait appel à toutes les propositions joyeuses et énergiques. Avec des vernissages mensuels – en galerie et à l’extérieur – le crew met en lumière les mouvements artistiques actuels et capte l’attention des lyonnais. Superposition invite également tous les créatifs de la ville, même débutants, à se présenter, avec un projet. Il pourrait déboucher sur une résidence en galerie. En collaboration fréquente avec la Taverne Gutenberg et le Mur 69, la team Sopra imagine un monde où il sera un jour possible de dépoussiérer les fresques murales de la ville, avec du graff et de la couleur. Comme on en trouve à Montréal, Berlin, Sydney, et même Haïti. Convaincus ? On se retrouve à l’Urban Art Jungle festival. Code d’accès : freestyle.

C.F



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