Commençons par un écrémage en règle : Hourvari est un album de Lucio Bukowski. A ce titre, il possède donc pas mal de caractéristiques d’un album de Lucio Bukowski. Donc si tu n’as jamais aimé sa voie légèrement enrouée, si son écriture ultra-référencée ne te parle pas, si tu veux écouter un disque pour te vider le cerveau, il vaut mieux passer ton chemin. Tu gagneras du temps et de l’énergie.

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Pour être francs, nous ne sommes à la base pas des inconditionnels de Bukowski. Une des raisons à cela réside dans le fait qu’essayer de suivre la discographie de Lucio, c’est un peu comme suivre celles de Curren$y ou Gucci Mane : les projets et collaborations s’enchaînent à un rythme effréné. Pour dire, on en était resté au disque avec Anton Serra et Oster Lapwass, La Plume et le Brise-Glace. Un super disque, cohérent et équilibré, plein d’énergie et d’humour. On sentait en l’écoutant que chaque rappeur se nourrissait du style de l’autre avec le plus grand des plaisirs. Double Trouble. C’était il y a à peine 18 mois. C’était il y a déjà quatre disques (deux albums et deux EPs).

« Va dire à Pénélope qu’Ulysse se torche au bar du coin. »

Mais Hourvari est aussi un disque du beatmaker Milka. Les deux gusses avaient déjà collaboré sur disque mais pour nous, ce dernier effort est sans aucun doute le meilleur. La faute aux productions de Milka, d’une belle profondeur, remplies de mélodies et de percussions travaillées. La couleur sonore du disque correspond parfaitement aux températures négatives et au brouillard de pollution qui viennent d’envahir Lyon. C’est particulièrement le cas sur le très beau final du disque, Pluie de Grenouilles, qui en deviendrait du coup presque prophétique…

 

Globalement, on ne peut pas dire que le disque respire le bonheur et l’espoir. Il tousse plutôt le cynisme et l’abandon. Observant notre monde souvent pourrave, Lucio Buko crache des quintes sèches et amères. Si des projets précédents s’échappaient régulièrement des egotrips bien sentis ou des morceaux parlant cul, ces bouffées d’oxygène que rarement de la partie sur Hourvari. Ornées de ses productions tout aussi sombres que lumineuses, ce disque s’écoute comme on observerait béatement des rayons de soleil percer timidement à travers la glace. Tout en étant sous l’eau, en train de nous noyer.

« Ma meilleure chronique ? L’IRM de l’explosion de mon disque lombaire. »

Et on ne fera pas mieux. Hourvari est une pièce de plus dans la discographie de Lucio Bukowski mais une pièce assez singulière. Probablement pas celle que l’on écoutera le plus souvent. Après tout, on ne grimpe pas en courant jusqu’au boulmiche de la Croix-Rousse sans y réfléchir à deux fois et respirer un grand coup.

Mais pour ces rides hivernales où c’est seulement à l’arrivée que la voiture est chaude et la buée dissipée; pour ces retours tardifs où la trajectoire du vélo rappelle l’électrocardiogramme d’un mec un peu trop vivant ; pour ces soirées glacées où l’on a tenté cinq minutes de mater la télé avant de scroller indéfiniment les fils de nos réseaux sociaux dans une chute perpétuelle où l’esprit est heureusement occupé à autre chose; nous avons notre bande originale.



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